Responsabilité sociétale de Serendip

Contexte

La fin d’un modèle

Fondée depuis deux siècles sur l’utilisation croissante de ressources historiquement considérées comme infinies (ce qui se retrouve dans les bases de l’économie classique), notre économie bute désormais de manière répétée sur les limites physiques de la planète. Jusqu’à maintenant, nous avons bénéficié d’une énergie – essentiellement carbonée – de plus en plus abondante et de moins en moins chère en termes réels, ayant permis une productivité sans cesse croissante du travail humain. La dépendance profonde du PIB à l’énergie en général, et au pétrole en particulier, se retrouve de manière flagrante dans l’examen des tendances sur le pétrole et le PIB depuis 1965.

La double contrainte énergie-climat vient remettre en question les fondements même de nos sociétés industrielles car elle implique la dé-corrélation entre le sentiment de prospérité et le niveau des flux physiques. La réduction de la dépendance de nos activités aux flux de matières et d’énergie devient une nécessité stratégique, financière, écologique et sociale.

Ce bouleversement profond, à l’origine de l’un des plus grands défis du siècle, mérite de rassembler le maximum d’énergie, de volonté et d’intelligence, afin de préparer cette transition le plus tôt possible et d’en révéler toutes les opportunités. Il faut anticiper et non subir, l’inaction nous promettant malheureusement drames et souffrances plus sûrement que les efforts que nous avons à concéder pour les éviter.

 

La question du carbone

La notion de carbone fait référence à deux réalités : 80% de l’énergie consommée dans le monde est constituée de combustibles fossiles (83,7% en moyenne de 1960 à 2017), et le CO2 constitue l’essentiel de nos émissions de gaz à effet de serre. Nous sommes dès lors confrontés à une double contrainte : en amont, une contrainte de stock sur l’énergie, et en aval, une contrainte sur le produit de la combustion à cause de la perturbation engendrée sur le climat.

La limitation du stock va nous confronter à un pic puis un déclin de la production des énergies fossiles, mais cette contrainte géologique ne doit pas être la seule incitation à l’action. L’enjeu climatique implique qu’il est essentiel que le pic de production survienne plus tôt que ce qui serait imposé par la seule géologie, surtout pour le charbon. Cela risque fort d’impacter de manière inédite le premier facteur de production de nos économies.

 

La contrainte énergétique

Les mathématiques permettent de dire que pour toute ressource dont le stock extractible est donné une fois pour toutes, l’extraction annuelle de cette ressource part de zéro, passe par un maximum, puis décroît avec le temps. Cette conclusion ne s’applique pas qu’au pétrole : c’est également vrai pour les autres combustibles fossiles et tous les minerais (par exemple il est fort possible que les minerais d’or et d’argent aient déjà dépassé leur pic de production). Pour le pétrole (1/3 de l’énergie mondiale), les experts les plus proches du sujet situent ce maximum – appelé pic – entre 2010 et 2020, et pour le gaz (1/5 de l’énergie mondiale) autour de 2025. La forme du maximum (un pic marqué ou un long plateau) et la vitesse du déclin après le maximum font l’objet de nombreux débats d’experts. Pour le charbon, les datent varient de 2030 à 2100.

Compte tenu de l’importance de l’énergie dans l’économie et donc la société, les implications de la survenue de ces pics sont majeures, et la nécessité de les anticiper plus indispensable que jamais. Pourtant, l’essentiel des décideurs économiques et politiques ne semble toujours pas mesurer l’importance du sujet.

 

Le changement climatique

Afin de s’assurer que le réchauffement climatique ne dépasse pas les limites considérées comme gérables pour une humanité sédentaire de 8 à 10 milliards d’individus (soit 2 °C d’augmentation par rapport au niveau préindustriel), il faut stabiliser la concentration atmosphérique en CO2 à environ 400 ppm (soit la concentration actuellement atteinte) et qu’elle ne dépasse jamais 450 ppm. Pour cela, il faut amorcer la baisse des émissions mondiales de gaz à effet de serre au plus vite, avant de diviser ces émissions par 2 à 3 (selon que l’on compare à 1990 ou à 2010) d’ici 2050.
En pratique, cela revient à n’extraire que le pétrole et le gaz déjà découverts, à limiter au plus vite l’usage du charbon aux installations munies de dispositifs de capture et de stockage, et même à ne plus rien émettre du tout après 2050. Suite à l’accord de Copenhague en 2009, la plupart des grands états se sont engagés sur les objectifs de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre, puis tous lors de l’Accord de Paris en 2015.
Mais quand il s’agit de passer aux actions concrètes, le compte n’y est toujours pas. Les acteurs publics et privés véritablement engagés dans la voie de la décarbonation restent en nombre trop faible pour constituer un réel levier de changement.
theshiftproject.com

 

Ce qu’on en pense à Serendip…

Ce site web a pour objet la promotion de nos équipées sérendipiennes et la valorisation de notre territoire, et non pas la collapsologie. Cependant, nos convictions nous poussent à faire ce que nous prônons et donc à contraindre la société Serendip à une responsabilité sociétale.

Nos hypothèses:

– L’Europe est entrée dans une phase de décroissance de son économie, directement liée à la baisse inéluctable de son approvisionnement en énergie fossile, sur lequel est basé l’essentiel de son activité. Le modèle de notre société industrielle est basé sur la croissance des niveaux de vie, rendue possible par une utilisation toujours plus abondante d’énergie dont le stock s’épuise. D’un coté, la consommation par habitant augmente, de l’autre la population augmente. On constate une forte corrélation entre démographie et énergie consommée par habitant.
– Le réchauffement climatique de quelques degrés, pour l’essentiel, est causé par l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère produits de l’activité humaine.
– Les lourdes conséquences du réchauffement climatique et de l’épuisement des stocks de ressources, sont devant nous.

Il faut se préparer collectivement et individuellement à affronter la phase de transition qui s’est ouverte tout en faisant chacun sa part. Voilà, pour l’essentiel, l’origine de la responsabilité sociétale de Serendip, en réflexion en 2019 et nous l’espérons, qui sera appliquée à partir de 2020.

Réponse à ceux qui vont nous opposer: « Mais vous vendez des voyages en voiture et c’est polluant ! Vous vous gavez sur le dos d’idées nobles ! »

– Le parcours vers le lieu de vacances constitue, en général, 85% des émissions en GES (pour l’avion). La partie locale, résiduelle, qui nous incombe, est à comparer à l’éco-empreinte du client s’il partait ailleurs ou s’il restait à son domicile, et à priori, son comportement sera le même. Nous sommes effectivement en faveur de la production locale, et de la consommation locale. Du reste, la plupart de nos clients sont des européens qui viennent soit en voiture particulière soit en train qui est le moyen de transport, de loin, le moins polluant, en France (électricité nucléaire).
– Pour l’aérien: il y a peu de différence en terme d’émissions en GES, entre un vol de 500km ou de 1000 km, car le décollage représente la principale dépense d’énergie. Ce qu’il faut comprendre, c’est que plus on voyage loin, plus longtemps il faut rester sur place et participer à l’économie locale. Il n’y a plus de sens à aller au Japon pour des vacances de 5 jours.
– Prendre l’avion ? il est juste de dire: si je ne prends pas l’avion demain, il partira quand même; que je le prenne ou pas, cela ne change rien au climat. Par contre si je fais le trajet en voiture, mon empreinte sera certaine. Il est juste aussi de dire: « si tout le monde pense ainsi, alors le trafic aérien ne baissera jamais ! » Nous pensons qu’il faut donc que chacun fasse sa part: aux gouvernants d’instaurer de fortes taxes sur le kérosène ou de rationner les déplacements en avion, ou de les interdire, à chaque citoyen de moins voyager ou voyager plus longtemps, et au professionnel du tourisme d’informer son client sur son éco-empreinte.
– Serendip n’a aucune influence sur le nombre de touristes en Haute-Savoie. Si nous stoppons notre activité, cela n’aura aucune influence sur le climat, et cela n’aura qu’une seule influence, c’est que nous devrons trouver un travail et nos employés également, et pourquoi pas, faire un club avec les hôteliers, les guides et les restaurateurs eux aussi réduits à changer d’activité. Et pour quoi faire ? Un travail de commercial qui parcoure les routes toute l’année ? Travailler dans une usine de voiture ? Élever des vaches qui rejettent plein de méthane ? Au chômage ? Prendre le boulot de l’accusateur car lui, sans doute, a une activité non polluante et un comportement irréprochable ? Nous pensons que la solution n’est pas d’interdire le tourisme, la voiture, les usines, les radiateurs, les climatiseurs, l’achat de vêtements, de jouets en plastique pour les enfants et de mettre tout le monde au chômage, et donc de supprimer toute fonction publique. Nous pensons même que le voyage possède, comme beaucoup de choses, des vertus d’éducation, d’échanges, de divertissement, de rencontres, de découvertes, de vie tout simplement. Il faut continuer à voyager, et en particulier près de chez soi, mais il faut connaitre la toxicité du voyage pour la diminuer.
– Nous pensons que la solution, et nous ne sommes pas loin de penser qu’il s’agit là de l’unique solution, est que chacun s’informe, puis informe son entourage et que chacun, à son niveau, qu’il soit président de la république, ouvrier agricole, fonctionnaire ou agent de tourisme, réfléchisse à comment réduire sa consommation maintenant et à comment s’adapter au monde de demain.

Concrètement:

– Application d’un bonus (réduction) de 5% aux clients qui arrivent chez nous en train ou en voiture partagée.
– Sélection pointue des prestataires en fonction de leur politique sociétale (hébergements vertueux, circuits courts, recyclage, innovation sociale, valorisation du patrimoine…).
– Établissement de mesures de la richesse produite par Serendip qui ne soit pas seulement financière (questionnaires de satisfaction des clients, du bonheur au travail, de sens à travailler pour ou avec Serendip)
– Mise en place de voyages à l’éco-empreinte réduite.
– Participer activement, intelligemment, à la conscientisation de nos interlocuteurs: nous-mêmes, nos employés, nos prestataires, nos clients, à travers une fiche d’information « climat » à la vente de chaque prestation. Cette fiche d’information a pour objectif d’expliquer les raisons du réchauffement climatique, la décarbonation de notre société et donner des ordres de grandeur pour qu’une fois rentré chez lui, le voyageur puisse mettre en place des actions qui font la différence. Le principal ennemi, c’est la désinformation ou le manque d’information qui conduit à des petits gestes bienveillants qui ne règleront pas les grands problèmes. Il faut que chaque citoyen, chaque entrepreneur, chaque salarié, qu’il soit boulanger, instituteur, au chômage, agent immobilier, premier ministre, soit informé pour éventuellement modifier son comportement. Nous pensons qu’il s’agit là de la méthode la plus efficiente à notre portée.