Évènement Sérendipien

Citons pour le plaisir ce passage de Cami dans « Les Aventures sans pareilles du baron de Crac »:
De sa retraite en Gascogne, au château de la Cracodière, il raconte à ses invités émerveillés d’avance les exploits qui établirent sa réputation universelle:
« J’ai toujours eu horreur, vous le savez, mes amis, de ces récits extraordinaires, de ces prouesses invraisemblables dont se vantent trop souvent chasseurs ou pêcheurs à la veillée. Le modeste souvenir de chasse que je vais vous conter a du moins pour lui d’être absolument véridique. D’ailleurs, vous allez en juger… »
Ou encore Louis Pasteur, après avoir découvert la vaccin contre la rage:
«…Par hasard, diriez-vous, mais souvenez vous que dans les sciences d’observation, le hasard ne favorise que des esprits préparés ».

 

Le voyage Sérendipien

Le conte des Trois Princes de Serendip raconte l’histoire de 3 voyageurs, qui au cours de leur périple, font des rencontres inattendues et sont exposés à une série de situations insolites et parfois dangereuses. Le récit raconte comment ils vont tirer profit de ces situations et comment, par de fines observations, et une sagacité à toute épreuve, ils vont transformer ces mésaventures en opportunités… Ce conte devînt l’inspiration des aventures de Zadig, de Voltaire, ou encore du Don Quijote de Cervantes, et bien plus tard à l’origine d’un mot, la serendipity (non présent dans le dictionnaire français).
La sérendipité est le don de faire des trouvailles, de trouver ce qui n’était pas recherché, grâce à une observation surprenante. De nombreuses innovations ont en commun un élément: un observateur, un explorateur, un chercheur a, à un certain moment, su tirer profit de circonstances imprévues (…). La leçon est que, pour découvrir, il reste essentiel de garder les deux yeux ouverts, l’un pour ce que l’on cherche et l’autre… pour ce que l’on ne cherche pas ! (1).
Sir Fleming déclara, lors de la réception de son prix Nobel en 1945 récompensant sa découverte de la pénicilline:
« …la pénicilline était née d’une observation accidentelle. Mon seul mérite est que je ne négligeais pas l’observation… ».
Kepler, le grand astronome, le dit autrement: « Les voies par lesquelles les hommes arrivent à comprendre les choses célestes me semblent aussi admirables que ces choses elle-mêmes ».
George Hugo décrivait ainsi la méthode de travail de son grand père: «  il jetait l’encre au hasard ».
Suite à un voyage en Inde, John Lennon écrit les titres les plus révolutionnaires des Beatles.
Le voyage de Christophe Colomb est probablement l’exemple le plus étonnant d’une découverte accidentelle dans toute l’histoire du monde: c’est en cherchant une route plus courte pour les Indes orientales qu’il trouva, de manière totalement inattendue, un continent vaste et inconnu.
On pourrait citer ces exemples de découverte, toute obtenues par sérendipité, à travers une suite d’évènements rocambolesques: les rayons X, la pénicilline, le roquefort, la tarte Tatin !, le Post-It, le four à micro-ondes, le Viagra, les semelles « gaufrées » de Nike, le Velcro, la poussée d’Archimède, Chanel N°5, le cognac, la pierre de Rosette, les montgolfières, les grottes de Lascaux ou encore le super-amas galactique Laniakea, et même.. l’internet !
La sérendipité, c’est rechercher une aiguille dans une botte de foin et y trouver une carte au trésor, et n’est pas le résultat du suivi d’une savante hypothèse ou d’un plan déterminé… On pourrait remplacer ici « sérendipité » par « aventure ».  Pour les professionnels du voyage que nous sommes, l’intérêt est évident car il nous permet de nous réconcilier avec l’aventure. En effet, si l’aventure est imprévus et audace, comment ne pas la trahir en la cadenassant dans un contrat de services ?
La sérendipité décrit notre capacité à nous étonner, puis d’imaginer une logique ou un destin là ou certains ne verraient qu’un simple hasard. En quelque sorte, la sérendipité se sert de l’inattendu. Sans mouvement, sans rencontre, sans confrontation avec le réel, il n’y a pas de sérendipité. Et c’est toute la vocation du voyage, non ?
Nous avons eu envie de créer des voyages sérendipiens, chez nous, chez vous, car l’exploration du monde est à portée de main. Nos contrées sont notre carte aux trésors. Et ainsi répondre dignement à Nicolas Bouvier, auteur de ces lignes dans l’Usage du monde:
“ Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui même. On croit qu’on va faire un voyage mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou vous défait…  C’est le propre des voyages que d’en ramener tout autre chose que ce que l’on allait y chercher. On ne voyage pas pour se garnir d’exotisme et d’anecdotes comme un sapin de Noël, mais pour que la route vous plume, vous rince, vous essore, vous rende comme ces serviettes élimées par les lessives qu’on vous tend avec un éclat de savon dans les bordels… En route, le mieux c’est de se perdre. Lorsqu’on s’égare, les projets font place aux surprises et c’est alors, mais alors seulement que le voyage commence”.
Nous souhaitons ainsi vous emmener dans des lieux insoupçonnés, pour y faire des rencontres insolites et vous plonger dans un univers inattendu. Bienvenue en terre de Serendip, là ou l’inattendu crée l’inattendu.
Un séjour sérendipien, c’est entrer dans le monde des mushers, au fin fond du Vercors, se retrouver dans la neige sur un traineau tiré par des chiens, puis discuter le soir avec un jongleur de plumes, pour décider le lundi, de retour au bureau, de tout envoyer bouler et de devenir cuisinier.  Ou c’est peut-être votre enfant qui écrira le premier chapitre du livre de sa vie.
Un voyage sérendipien, c’est aussi descendre la Loire sauvage pendant 3 jours sur un canoë, à bivouaquer et prendre plaisir à se faire chauffer son petit café le matin tout en discutant avec un passionné d’astronomie, et à se surpasser physiquement et se dire lundi, de retour au bureau, qu’on va épouser sa boulangère.
Un voyage sérendipien, c’est faire croire aux participants qu’on les envoie passer un week-end  avec les collègues pour faire du paddle en pleine nature, pour les embarquer malgré eux dans une forêt ou ils vont se perdre, puis devoir, à force de sagacité et de curiosité, retrouver un à un les objets nécessaires à leur survie. Ou encore les entrainer dans une chasse aux trésors où ils ne trouveront rien d’autre qu’une poignée de réponses à des problèmes qu’ils croyaient insolubles et à une plus grosse poignée de nouvelles questions qu’il ne s’étaient pas posées.
Aussi, nous assumons notre éco-anxiété et notre vive inquiétude face au dérèglement climatique et à l’avènement inéluctable d’un monde décarboné et à ses conséquences sur une population droguée à l’énergie fossile, dopée à la croissance alors que nous entrons dans un monde en décroissance. Si l’essentiel de l’empreinte carbone de votre voyage est dû à votre déplacement aller et retour en Savoie, cela ne nous affranchit pas de réfléchir à comment réduire l’éco-empreinte de nos clients sur notre terrain de jeu savoyard. Nous pensons que le plus efficient dans cette affaire,  c’est d’abord de nous former et nous préparer nous-mêmes, puis ensuite d’aider nos employés à le faire, puis nos prestataires, puis nos clients. Un voyage sérendipien en 2020, comme tout autre voyage d’ailleurs, doit donc aussi être un voyage utile ou apprenant, et a minima un moyen de sensibiliser le plus de monde possible.
Notre objectif, c’est apprendre à observer l’inattendu, et en tirer un bénéfice à l’aide de créativité, d’ouverture d’esprit, de curiosité, d’altérité.  Voilà pour nous la vertu du voyage et en cela, il est un outil puissant d’éducation de nous-mêmes et de nos enfants.

 

Fabrice Pawlak, sérendipien since 1970

 

Bibliographie: « De la sérendipité », de Pek van Andel et Danièle Bourcier,